Haro sur M. Bouilloux-Lafont, M.
Léon Blum, M.
Camille Aymard, Mme
Hanau, M.
P.-L. Weiller
FIGARO. DIMANCHE 23 OCTOBRE 1932 Le scandale de l"aéronautique On
sait que Jacques Ditte a, aux premières heures du
scandale, fait l'hypothèse que les pièces fausses
étaient un piège tendu à M. Bouilloux-Lafont.
Jacques Ditte revient à cette position dans un article de l'AMI DU PEUPLE: Non seulement l'instruction, en creusant plus avant, n'a pas infirmé cette manière de voir, mais elle lui a donné de plus en plus de vraisemblance. Le témoignage du sieur Livet, qui avait mené une violente campagne contre l'Aéropostale, a établi en effet que Lucco lui servait d'agent de liaison avec M. P.-L. Weiller. Ils étaient donc en rapports, ce qu'ils avaient nié jusqu'ici énergiquement. Découverte capitale! Aussi nos déductions logiques ont-elles maintenant pris tant de force que la presse n'hésite plus à envisager ouvertement l'hypothèse que nous avions suggérée les premiers, pour en discuter le bien fondé. Le circuit «étrange» -dans tous les sens du mot- qui, depuis quelques semaines, passait par le journal de M. Léon Blum, le journal de M. Camille Aymard et la feuille financière de Mme Hanau pour y faire, avec une «touchante» concordance, le jeu de M. P.-L. Weiller, en réclamant à cor et à cri l'arrestation de M. Bouilloux-Lafont se remarquait à nouveau très clairement avant-hier dans Le Populaire et La Liberté, pour tenter, cette fois, de dégager M. P.-L. Weiller des soupçons qui, de plus en plus, pèsent sur lui. M. Léon Blum, qui aborde le premier la délicate question, le fait en ces termes bien singuliers: «La troisième hypothèse -c'est-à-dire M. Paul-Louis Weiller- s'est indubitablement propagée depuis quelques jours, surtout depuis la déposition Picherie, dans les couloirs du Palais et, de là, dans la presse.» M. Weiller serait l'inspirateur des faux qui l'accusaient. Il aurait tendu le piège Lucco à la crédulité de M. Bouilloux-Lafont. On trouve ici un mobile saisissable: abattre un concurrent, peut-être un ennemi, en le déshonorant comme faussaire! » Mais, outre que cette machination apparaît d'une scélératesse bien compliquée, elle comportait pour son auteur un risque terrible. » Si les élections avaient tourné autrement, si seulement un autre homme que M. Painlevé se fût installé au ministère de l'air, M. Weiller se perdait lui-même en voulant perdre M. Bouilloux-Lafont et il perdait l'infortuné Chaumié par surcroît.!» M. Blum n'hésite donc pas à rejeter cette hypothèse comme inadmissible... mais il a l'imprudence de trop découvrir son jeu en ajoutant presque aussitôt: «Même s'il était établi que les faux ont été fabriqués pour le compte de M. Weiller, il serait encore impossible de mettre M. Bouilloux-Lafont hors de cause... parce qu'il a usé de ces faux quel qu'en soit l'auteur et quelle qu'en soit l'origine!» Ce déconcertant raisonnement de M. Léon Blum, qui, en sa double qualité de législateur et d'avocat, devrait pourtant connaître le droit et respecter la justice, est on ne peut plus suspect. Nous y relevons à la fois un cynisme impudent et un parti pris bien compromettant. Comment M. Blum peut-il écrire ingénument, comme s'il s'agissait là d'une vérité évidente et toute naturelle, que le cours de la justice et les résultats d'un instruction dépendent du sens des élections et de la présence ou de l'absence de M. Painlevé au ministère de l'air? Nous n'inventons rien et ne lui faisons rien dire qu'il n'ait dit. Qu'on relise sa phrase. Nous le mettons au défi de lui donner une autre signification. Envisageant l'hypothèse où M. Weiller serait l'inspirateur des faux, il écrit en effet: «Si les élections avaient tourné autrement, si seulement un autre homme que M. Painlevé se fût installé au ministère de l'air, M. Weiller se perdait lui-même, en voulant perdre M. Bouilloux-Lafont.» C'est clair. Il s'ensuit donc que, d'après M. Blum, la présence de Painlevé empêcherait seule l'instruction de rechercher une vérité funeste à M. Weiller? Quelle étrange paternité lui attribue-t-il donc dans l'orientation prise par cette affaire ? Jamais on n'avait vu un parlementaire manifester, avec une telle impudeur, le mépris du principe républicain de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance de la justice. Nous imaginons que M. Painlevé, ce parfait honnête homme, doit être bien mortifié d'un si compromettant certificat de partialité. Faut-il que M. Blum soit agité par cette affaire pour avoir, à ce point, perdu le sens des convenances! Mais sa partialité haineuse contre M. Bouilloux-Lafont n'est pas moins significative, lorsqu'il affirme qu'il est impossible de le mettre hors de cause parce qu'il a «usé de faux». M. Blum sait pourtant bien, comme avocat, que la mauvaise foi est indispensable pour qu'il y ait «usage de faux aux termes du Code. Si l'on est dupe, on n'est pas coupable. Or, c'est précisément l'hypothèse même que visait M. Blum, puisqu'il avait écrit «M. Weiller aurait tendu le piège Lucco à la crédulité de M. Bouilloux-Lafont». Qui dit «piège» et «crédulité» dit, par là même, bonne foi de celui qui s'y laisse prendre! En concluant que, même dans cette hypothèse, il est impossible de mettre M. Bouilloux-Lafont hors de cause, M. Blum se moque donc de ses lecteurs et montre, avec une évidence éclatante, où est le parti pris et où est la mauvaise foi. à moins cependant qu'il n'y ait là, de sa part, une manœuvre audacieuse et désespérée pour tenter de convaincre M. Bouilloux-Lafont que son intérêt personnel lui commande aussi de laisser étouffer l'affaire. Est-ce pour cela que, le même jour, M. Camille Aymard commence son article en adressant à M. Blum ce compliment, véritable pavé de l'ours «M. Léon Blum ferait assurément un excellent juge d'instruction...» Si c'était pour mettre la justice et la vérité en vacances, comme la légalité, nous n'en doutons pas. Et M. Camille Aymard serait, sans doute, son digne procureur. «On arrive maintenant au tuf policier! On ne creusera donc pas, plus avant!», disait hier, au Palais, un avocat fort averti. «Espérons pourtant, conclut Jacques Ditte, qu'en dépit de tant de louches efforts conjugués, la vérité finira par triompher de toute cette corruption et qu'on y portera le fer rouge indispensable.» |
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