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Un hommage à l'Aéropostale

Un article paru dans La Revue Limousine du 15 juillet 1931 et intitulé La Vérité sur  l'Aéropostale exposait la situation de cette Compagnie (à qui l'on doit la plus belle ligne aérienne du monde) et les attaques injustes dont elle fut l'objet voici un an.

Le Parlement, par la voix de M. Denais (qui, membre de la Commission des finances, ne saurait être soupçonné d'un excès d'indulgence) vient de reconnaître que le Comité de direction provisoire de cette Compagnie a assuré les services au cours de 1931, dans des conditions satisfaisantes, malgré les difficultés. 

Mais ce qu'il convient surtout de retenir, c' est que le Journal officiel du 14 mars reconnaît les fautes de l'Etat. Celui-ci, en effet, avait promis des subventions et n'en donna qu'une partie, ce qui le rendait responsable devant les porteurs de bons de la Compagnie Aéropostale.

Les 80 millions promis et qui manquèrent à cette Compagnie, l'eussent certainement affranchie des crises commerciales.

La Revue Limousine a été une des rares publications qui, en 1931, soutinrent l'Aéropostale et en dépit des passions politiques, exprimèrent, avec des précisions, la vérité. Elle est donc doublement satisfaite d'enregistrer aujourd'hui l'hommage rendu à notre belle ligne aérienne, hommage qui se traduit non seulement par des paroles officielles et le mea culpa de l'Etat, mais encore par une subvention de 60 millions.

Cette victoire morale et matérielle de l'Aéropostale est d'autant plus opportune qu'à cette heure les vaisseaux d' Eckener font merveille. Ces dirigeables doivent venir à Orly. De gros scandales menacent déjà l'horizon politique à cette occasion. La dangereuse manoeuvre allemande se précise. On a déjà prouvé que la moitié des pilotes d'Eckener étaient des soldats d'Hitler.
 Edmond BLANC.
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15 juillet 1931  TOP 

La vérité sur L'Aéropostale

L'examen du projet de loi, Charte de l'Aviation Marchande, remet en pleine lumière l'édifice de l' Aéropostale, dont les fenêtres, de nouveau, s'ouvrent à la confiance.
L'opinion, en effet, a évolué. Les jugements hâtifs de février, issus de passions politiques font place à la sagesse clairvoyante, et nationale. Un tel revirement, dans une question de cette envergure, nous invite à tirer de ses causes une éclatante leçon.
La crise de Février
 Reportons-nous en février. A peine connaissait-on la crise financière de l'Aéropostale, que le brouillard des intrigues enveloppait cet événement qui n'avait en soi rien d'extraordinaire à l'époque où nous vivons.
Nous connaissons l'histoire émouvante de cette entreprise pour laquelle toute une jeunesse ardente s'est dévouée jusqu'à la mort. Nous connaissons les pilotes, pilotes du désert, pilotes de la Cordillère, pilotes de l'Océan. Nous connaissons les ambassadeurs de l'Aéropostale qui ont lutté pied à pied contre l'hostilité étrangère en Amérique du Sud, pour ouvrir à la France de nouveaux horizons vers la prospérité. Nous connaissons aussi les hommes d'action qui ont tracé vers le Pacifique cette trajectoire éblouissante, la plus belle route du monde, en vérité, où l'amitié française jetait tout son éclat. Nous connaissons cette route. C'est pourquoi nous considérons aujourd'hui comme un devoir de dessiller les yeux et d'éclairer les consciences, en vertu de notre indépendance absolue et de notre dégoût pour tout ce qui confine à la lâcheté ! On a trop l'habitude, en France, d'aboyer avec la meute.
Les risques de l'entreprise
 La ligne aérienne France-Amérique du Sud est née de l'audace prophétique et tenace d'un ingénieur et de l'activité prodigieuse d'un organisateur. Pour peu qu'on imagine les difficultés énormes et les dépenses d'une telle ligne, on se convainc d'un coup que ses auteurs ne pouvaient en espérer avant longtemps des résultats financiers convenables.
En vérité, personne n' aurait pu engager une telle entreprise à ses risques et périls. L'Etat, devant les convoitises étrangères ne pouvait se dérober. Il conclut une convention pour soutenir par une subvention kilométrique l' exploitation, forcément déficitaire à ses débuts. Or, tandis que les conventions des Compagnies de Chemins de fer durent un siècle, celles des Compagnie Maritimes 30 ans, l'AéropostaLe, formidable réseau, qui couvrait sur trois continents et au travers de l'Atlantique, ne tenait de l'Etat, trois ans avant l'échéance du contrat en cours, qu'une promesse de concession de dix ans.
Ce n'était là qu'une promesse, et le projet de renouvellement, promis par un Ministre attendait depuis long temps l'examen des Commissions parlementaires. Certes, les recettes de l'Aéropostale, qui représentent 98% du trafic aérien français, progressaient éloquemment et justifiaient la confiance.  Mais la Société devait faire face à plus de 120 millions de dépenses annuelles, dont près de la moitié pour l'amortissement des emprunts à court terme, et on imagine ce qu'avaient pu être celles du premier établissement d'un réseau de quatre mille lieues !

Balance d'inventaire
Faisons la balance. D'un côté un Passé triomphant. De l'autre, un Avenir plein de promesses. Mais, pour bien peser, il faut revoir les conditions d'extension de l'Aéropostale en Amérique du Sud. Dès 1927, devant la convoitise étrangère, les organisateurs enlèvent le Contrat argentin. Le Chili, l'Uruguay, la Bolivie, le Venezuela suivent.
Mais l'Argentine impose des délais: trois mois pour réaliser la poste, quatre ans pour la traversée aérienne de l'Océan. Il fallait se hâter.
Tout était à créer, de Dakar à Buenos-Ayres, le long de 10.000 kilomètres, dont un tiers sur mer, avec de vieux avisos remis en état. Dans des régions indigentes ou hostiles, on établit vingt-deux escales. Il fallait bâtir dans le désert, mais non sur le sable. L' œuvre jaillit et tous ses artisans s'en réjouirent: fondateurs, qui furent à la fois techniciens, financiers et diplomates, ministres et parlementaires qui approuvèrent., petits souscripteurs apportant leur argent, banquiers ouvrant les crédits, ouvriers, navigateurs et pilotes offrant d'enthousiasme leur activité et leur existence.

Les difficultés et les erreurs
Soudain, la crise. Et voici que maint artisan du succès se dérobe (comme s'il était complice d'une affaire mal saine.) au lieu de courir fièrement aux remparts Je l' œuvre commune. Rien, cependant, ne justifiait cette peur panique.
Des critiques? Fouillez l'histoire et écoutez Danton.
Difficultés Crise générale et crise brésilienne.
Rien ne manqua : crise des cafés, révolutions en Amérique du Sud, chute du milreis et du peso argentin.
L'Aéropostale, édifice complexe en pleine construction vit défaillir les banques qui lui permettaient de faire face aux échéances de bons amortis sur une trop courte période. Elle ne demandait qu un délai pour achever sa croissance.
En des temps moins difficiles, toutes les grandes industries eurent leurs maladies de jeunesse. Sait-on que le fondateur des Usines Krupp mourut en faillite ? La Chambre, comprenant que toutes les compagnies avaient leur "talon d'Achille", ne manqua point de montrer le danger d une Charte précaire.

Les deux confiances
 On peut évidemment reprocher à l'Aéropostale son développement trop rapide en Amérique du Sud.
On a parlé de témérité et d'imprudence, en oubliant la Concurrence étrangère. Il fallait de l'audace, beaucoup d audace au contraire: la France n'a jamais, au travers des siècles, trouvé autrement le salut.
Si cette raison ne suffisait pas, l'exemple donné par les Etats-Unis y ajouterait une leçon: les Américains, eux aussi, ont vu grand dans l'organisation de leurs lignes aériennes. Leur gouvernement les a soutenus.
La responsabilité de l'Etat français à l'endroit des porteurs de bons est certaine. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire l'Officiel des 17 août 1924 et 18 septembre 1927.
L'Etat avait promis le soutien nécessaire. Par ailleurs, un inspecteur des Finances contrôlait la Compagnie, de telle sorte que l'Etat, parrain de l'affaire et la surveillant tout à son aise, ne peut lui reprocher aujourd'hui ses imperfections administratives.
L'attitude du Sénat a corroboré ces opinions. 
Le Sénat, sagement, a pesé les choses, à l'abri de ces Passions politiques qui dégradent tout ce qu' elles touchent. Le Sénat a compris qu 'il s agissait de difficultés et non de déconfiture comme l'a dit une presse avide du scandale qui donne aux titres d'information une saveur Morbide.
Le Sénat a compris que le mur honnête de cette œuvre ne Pouvait s'écrouler parce qu'une brèche s'y ouvrait, il a vu au contraire qu'il fallait fermer la brèche.
L'opinion, trompée par les attaques, ne pouvait au début, discerner les causes essentielles. Elle s' aventurait ans des commentaires d'ordre financier dont il ne reste Pas grand' chose en vérité.
On a dit, en effet, hier à la Chambre qu' «il ne semblait point démontré que des fautes de gestion aient été commises et qu'il convenait de réserver son jugement». Et Alors? Qu'on relise l'histoire du désert, de l'Océan, et les aventures dans la neige des Andes. Qu'on regarde surtout la carte du Monde où L'Aéropostale a équipé quarante-six aérodromes, soixante et onze postes de T. S. F., huit navires, deux cents avions, et l'on comprendra que l'entreprise ait pu réunir toutes les confiances.
La confiance éblouissante de ses navigateurs qui en comprenaient l'étendue et la confiance silencieuse de toute la petite épargne.

Une fortune nationale
Une fortune nationale
L'entreprise a coûté cher?
Soit, mais voyons l'actif.
Des avions, des installations: leur valeur dépend de leur emploi.
Eloquence des recettes: en trois exercices elles passent de 6 à 16 et à 27 millions. En dépit de la crise, elles montent. Le courrier augmente. Vitalité triomphante d'une entreprise fondée sur un puissant courant d' échanges. L'actif offre la certitude robuste d'une fortune nationale.
Du prestige? Ne faisons pas de sentiment. Il s'agit d'un «fonds de commerce» d'une inestimable valeur.
L'Aéropostale jouit en Amérique latine d'une situation unique.
Seule à posséder des terrains et des concessions, seule capable d'un trafic de jour et de nuit auquel ne sauraient prétendre les hydravions étrangers à trop faible charge utile, délicats dans leur amerrissage nocturne, coûteux et lents, l'Aéropostale dispose d'une longue expérience et d'une avance considérable. L'exploit de Mermoz n' a-t-il pas annoncé le prochain survol régulier de l'Atlantique Sud?
Ce service, mettra à cinq jours de l'Europe, les pays du Pacifique acquis ainsi à notre aviation marchande. Celle-ci enfin bénéficie de contrats avec l'Angleterre et l'Amérique pour la traversée de l'Océan Nord par les Açores et les Bermudes.

Prodigieux essor
Il y a donc là une merveilleuse affaire nationale à négocier. Un accord avec les concurrents allègera les charges et, améliorant le service, décuplera le rendement.
L'essor sera prodigieux, car, à cette heure, il n' y a qu'un demi-centième du courrier d'Europe qui prend la voie des airs vers Santiago. La France donne six pour cent de son frêt postal. Une bonne entente avec nos voisins promet de leur part une proportion au moins égale. Voilà qui corrobore nos espoirs.
Le réseau Aéropostal apparaît donc riche de promesses.
Le Parlement, revenu en atmosphère calme, comprend qu'il ne faut pas mettre en péril cette fortune nationale et qu 'au contraire, il convient de tirer de cette aventure d'immenses enseignements.
Edmond BLANC, Ingénieur des Arts et Manufactures, Ingénieur civil de l'Aéronautique.








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