Une
Maffia au service de l'Allemagne
4
octobre
1932
Suite 5 octobre 1932
Extraits du Figaro ci-dessous après
le texte
FIGARO. MARDI 4
OCTOBRE 1932
DE L'AFFAIRISME
A LA
TRAHISON
_________________________
OU L'ON
DÉCOUVRE
TOUTE UNE
MAFFIA AU SERVICE
de L'ALLEMAGNE
--------------------------------
Un énorme
scandale qu'on tenterait
vainement d'étouffer
_______________________
LE PAYS
VEUT LA
LUMIÈRE ET DE
JUSTES SANCTIONS
par JACQUES
DITTE
L'AMI DU
PEUPLE publie
aujourd'hui l'article suivant:
Nous écrivions
le 1er
juin dernier:
«La
faiblesse
des partis
nationaux et la raison
principale de leur
impuissance, c'est
qu'ils
acceptent
trop souvent comme
porte-parole ou porte-drapeau des hommes
indignes
de parler en
leur
nom ou
de les
représenter.
Et ce
n'est d'ailleurs
pas l'effet
du hasard!
Tant qu'ils
ne se seront
pas débarrassés
de ces
dangereux parasites,
qui les
exploitent
et les
trahissent, ils resteront
impuissants et
divisés contre eux-mêmes»
Voilà pourquoi l'Ami
du Peuple
a travaillé,
depuis lors,
à les en
débarrasser.
Mais voici
que, depuis
quelque temps, certains
lecteurs et amis
bien intentionnés
lui font
grief
de
consacrer
trop
d'importance et de
place à
M. Camille
Aymard.
«Lire
tous
les jours,
nous écrivent
-ils, de
vieilles et monotones
récriminations
contre
M. Camille
Aymard dépasse absolument l'endurance
d'un
lecteur
français, léger en général
et incapable
d'un si
long ressentiment.»
Nous le
regrettons pour ces
Français
légers, mais ils
se méprennent
complètement sur
la portée
de cette
campagne de salubrité
publique. A l'heure
qu'il
est,
la
corruption a fait,
dans
certains
milieux de la
politique, de la
finance
et de
la presse,
de tels
progrès qu'elle menace
l'existence
même du pays.
Et les
très graves révélations
que nous
allons
faire aujourd'hui
sont la
preuve éclatante
que bien
loin d'avoir
un caractère
de ressentiment
personnel,
notre
campagne contre
Camille
Aymard intéressait
au premier
chef le
salut du
pays et
rendait à
la
France un
signalé service.
Elle
nous a
conduit,
en effet,
au cœur
même d'un véritable nid de
trahison.
Car il
est tout
à l'honneur de
l'Ami du Peuple
et de
son fondateur
que leurs
ennemis
les plus
acharnés soient aussi ceux
de la
France.
Ils se
désignent eux-mêmes à nos
coups, moins
par les
agressions qu'ils tentent
contre l'Ami du Peuple
que par
les méfaits
dont ils
se rendent
coupables
envers
le pays.
Et comme,
en général,
tous se
tiennent,
il
suffit souvent
d'en empoigner
un solidement
à la gorge
et de
le traîner en
pleine lumière
pour découvrir,
grâce à lui,
toute une
maffia qui
travaille
dans
l'ombre contre l'intérêt
français, et pour
qui l'affairisme
sans scrupule
va, au
besoin,
jusqu'à la trahison.
inclusivement.
En voici
la preuve!
Le 28
août dernier, nous
avons signalé ici certaine
publicité suspecte, en
faveur
de la
Luft Hansa,
parue à
la fois,
simultanément,
dans le
Berliner Tageblatt et
dans
La Liberté,
au point
que ce
journal français, qui fait
profession
de patriotisme,
semblait n'être, en l'espèce,
que l'écho
fidèle de la
feuille berlinoise, mais
à une heure
où celle-ci
n'était pas encore parvenue à
Paris.
Nous voyions
donc, dans
cette rencontre, et
dans
ce synchronisme,
la preuve
évidente
qu'un
mystérieux
chef d'orchestre
avait, dans
la coulisse,
réglé
ce surprenant
concert et qu'une
même main avait.
versé au vertueux
Aymard,
pour sa
publicité, les fonds de provenance
évidemment allemande qui
avaient aussi rémunéré
le Berliner Tageblatt.
Cette publicité
éhontée en faveur
de la
Luft Hansa
est d'autant
plus dangereuse, joutions-nous,
QU'ELLE A POUR
BUT D'AIDER
CERTAINES TRACTATIONS
SECRÈTES
QUI ASSURERAIENT
A L'AVIATION ALLEMANDE
DES AVANTAGES
EXORBITANTS
DONT NOTRE
PROPRE AVIATION FERAIT
LES FRAIS
MAIS DONT
QUELQUES
AFFAIRISTES SANS SCRUPULES
TIRERAIENT,
SANS DOUTE,
GROS PROFIT.
M. Camille
Aymard apparaît
donc, en
l'occurrence, comme «LE PORTE-PAROLE
DE MAITRES
OCCULTES EUX-MÊMES LIÉS A
DE VASTES
SYNDICATS
INTERNATIONAUX,
POUR LE
COMPTE DESQUELS
IL AGIT.»
C'était le raisonnement
seul qui
nous amenait
à ces conclusions
logiques et nous
attendions
avec quelque
curiosité là réponse
de Camille
Aymard et
de ses complices
présumés, sans nous
faire toutefois
beaucoup d'illusion puisque
nous écrivions
«Gageons
que personne
ne soufflera
mot!»
En effet,
M. Camille
Aymard, ainsi publiquement
pris la
main dans
le sac
et marqué au front, n'a pas
bougé et n'a
même pas tenté
de donner
la moindre explication,
tant sa
justification lui paraissait
impossible.
Le silence
angoissé des coupables
a seul
accueilli notre article
qui a
jeté la panique
et la
consternation dans les
sphères intéressées.
Nous ne
savions pas encore,
au moment où
nous l'avons
écrit, à quel
point
nous
avions touché
juste, et combien
nos déductions
avaient pénétré au vif
de cette
entreprise de trahison,
qui, avec
l'aide des
plus hautes
complicités, tendait à
livrer pratiquement
notre
aviation
commerciale à l'Allemagne.
Nous le
savons aujourd'hui
et nous
apprenons que les
criminelles tractations
étaient plus graves
encore et
avaient été poussées beaucoup plus
loin que
nous ne
le
soupçonnions.
Aussi disons-nous
nettement au gouvernement et particulièrement au parfait honnête homme qu'est
M. Painlevé, ministre
qualifié
pour agir
en l'occurence: «Il faut
que des
sanctions exemplaires soient
prises. Il faut
que tous
les coupables,
si haut
placés soient-ils,
soient frappés
sans faiblesse,
quelles
que puissent
être les répercussions
politiques
qui en
résultent et les
compromissions
ou corruptions
qu'une instruction rigoureusement
faite révélera!»
Un commandeur
de la
Légion d'honneur,
importante personnalité de l'aviation française,
est accusé
d'avoir passé des contrats
secrets avec la
Luft Hansa
et
d'en avoir
reçu de très grosses avances de fonds se chiffrant par plusieurs dizaines de millions.
Un très haut fonctionnaire du Ministère de l'air
est accusé
de s'être
rendu complice
de ces
tractations et d'avoir
touché, par l'entremise d'une banque d'Amsterdam, une somme
importante pour prix de son concours
et de sa forfaiture.
Enfin nous
accusons M. Camille
Aymard
d'avoir
mis La
Liberté
au service
de ces
coupables agissements contre
l'aviation française, dans un
but de
lucre véreux.
La publicité
simultanément faite
par son
journal et le
Berliner Tageblatt
le prouve.
A l'heure
actuelle, certains services
trop zélés,
trompant l'honorable M.
Painlevé, s'efforcent d'étouffer
l'affaire,
de sauver
les coupables
et d'entraver
le cours
de
la justice
par des
communiqués
abusifs et
tendancieux. Nous ne
les laisserons
pas faire.
Les Jacobins
disaient jadis
de la
République qu'elle «devait
être le règne
de la
vertu».
Hélas! nous n'avons
plus pour
elle tant
d'ambition Mais nous
voudrions
l'empêcher
de devenir
le régime
de la
corruption et de
la trahison
et nous
pensons
qu'une Démocratie
qui se
respecte se doit
de
réprimer
sans faiblesse la
forfaiture
de ses
fonctionnaires et de ses
élus. Tant pis
pour les
mauvais Français qui s'en
sont rendus
coupables ou complices.
Tant pis
pour les
hommes
politiques qui, sans
souci
de
son
passé taré, avaient pris
Camille Aymard pour
confident,
porte-parole
ou exécuteur
compromettant de leurs
basses œuvres
Tant pis
pour les
complaisants,
les camarades
et les
compères imprudemment
acoquinés avec ce
«mauvais Français capable et
coupable des pires
défaillances!»
L'affaire est trop
grave pour
qu'on passe
l'éponge.
Il faut
que toute
la lumière
soit faite.
Elle le
sera par
nous si
les pouvoirs
publics manquent à
leur devoir.
L'avenir même de
notre aviation
en dépend
car il
n'est que
temps de
la sauver de
la gangrène
des pots-de-vin,
de l'affairisme
et de
la corruption
qui compromettent son
existence.
Tous les
vrais aviateurs
le savent.
L'Ami
du Peuple
qui s'est
donné pour tâche
de nettoyer
les écuries
d'Augias n'y manquera
pas. si
ceux à
qui incombe le
devoir n'avaient
pas le
courage,
la
force ou
la conscience
de l'accomplir.
Jacques Ditte.
NOTE DE
LA RÉDACTION.
Cet article
était écrit
depuis samedi
et seule
l'abondance
des
matières en avait
fait différer
de quarante-huit
heures la
publication.
Dans l'intervalle,
M. Blum
a consacré
dimanche un article
plein de
prudence inquiète à cette
affaire et le
Matin d'hier,
à son
tour, en
a résumé
les grandes
lignes.
Les conclusions
de notre
collaborateur Jacques
Ditte n'en
conservent pas moins
toute
leur
force
et toute
leur actualité.
_____________________________________________________________
FIGARO MERCREDI 5 OCTOBRE
1932
Une Maffia au service de
l'Allemagne SUITE
LE SCANDALE DE
L'AVIATION
Que la
justice suive son
Cours en
toute indépendance.
M. P.-L.
Weiller déclare que les
pièces produites par
M. André
Bouilloux-Lafont
à l'appui de
sa plainte
sont des
faux grossiers.
Il se
plaint d'être
victime d'une abominable
machination et réclame
toute la
lumière.
Nous la
demandons avec lui,
et si
nous sommes
intervenus dans cette
affaire bien que la justice
fût saisie, c'était
précisément pour qu'on
en respectât l'indépendance, mieux que
ne le
faisait le singulier
communiqué tendancieux
du ministère,
qui semblait
vouloir dicter au
juge le
sens de
son instruction.
Nous souhaitons
à M. P.-L.
Weiller d'établir que les
pièces accusatrices sont des faux. Mais
en attendant
nous sommes
bien forcés
de constater
que les
experts les plus qualifiés les ont
déclarées authentiques et les
attribuent
formellement à la
main de
M. Weiller.
Si celui-ci
veut se
disculper, comment
n'a-t-il pas encore
prié le juge
de soumettre
sa comptabilité
à une expertise et
comment, depuis deux
mois que
l'instruction est ouverte,
n'a-t-on pas encore
fait procéder
à cette vérification qui
s'imposait en premier
lieu?
Ce sont
ces lenteurs
et ces
oublis inexplicables
qui nous
ont inquiétés
et nous
ont fait
craindre qu'on ne
cherchât
pas aussi
activement que le
réclame une
affaire si grave,
à faire toute
la lumière.
Car en
admettant qu'il se
soit glissé
ou qu'on
ait glissé,
parmi les
14 ou
15 pièces
de M.
Bouilloux-Lafont, un au
deux faux,
les autres
n'en conserveraient pas
moins toute
leur valeur probante et
l'on chercherait
vainement à étouffer l'affaire en
les englobant
toutes dans
un seul
et même
discrédit.
C'est à
cette manœuvre
classique que la
justice ne doit
pas se
prêter.
Qu'elle suive son
cours et
fasse la
lumière
en toute
indépendance. J, D.
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Une Maffia au service de
l'Allemagne 5 octobre 1932 suite |
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